Le plaisir de retrouver une vieille création

Le plaisir de retrouver une vieille création

Entretenir sa créativité passe aussi par des temps de pause, des temps où l’on se replonge dans des travaux passés ; relire les notes d’un carnet, feuilleter des pages de croquis, rouvrir un dossier de photos prises dans une vie antérieure… L’occasion parfois de surprises agréables « tiens, c’était pas mal ! »

Je vous propose aujourd’hui de prendre un peu de temps pour aller dégoter dans vos archives un texte, une photo, ou une page colorée que vous avez produit.e un jour et que vous avez oublié.e. Que vous raconte cette création aujourd’hui ?

Partagez-la dans les commentaires si vous le souhaitez.

Pour ma part, voici un texte que j’ai retrouvé par hasard dans l’un des mémos de mon téléphone :

Sous la douche, l’eau chaude lui rougit la peau. Son esprit vagabonde et le savon glisse sous ses doigts. Elle souffle. Une bulle se forme, elle a des reflets bleus. L’appartement est baigné de silence. Un calme qui, en d’autres circonstances, lui paraîtrait suspect. Une insomnie de plus qu’elle comble de plaisirs futiles. Laisser fondre sur sa langue un chocolat fourré de ce jus de cerise chaud et liquoreux ; déboucher une bouteille de Champagne qu’elle n’entame même pas, juste pour se rappeler qu’elle en a les moyens ; vider l’effervescente substance dans le lavabo et tapoter la mousse du bout de ses doigts. Elle reprend le chemin de ses pensées et constate, une fois encore, comme il est triste que le feu se soit éteint en elle.

Elle aime la nuit, unique moment où elle peut ressentir, furtivement, que quelque chose encore est en vie. Un désir qui résiste, malgré tout, aux bruits de la ville et à l’argent. Elle aime ouvrir la fenêtre et regarder au loin s’élever les arbres au-dessus des immeubles. Cette forêt de banlieue où elle ne va jamais et qu’elle s’imagine peuplée des réponses aux questions qu’elle ne se pose plus.

Elle croque dans une truffe, la ganache moelleuse est une douceur trop sucrée qu’elle recrache aussitôt. Ce n’est pas de ce désir-là dont il s’agit. Son désir, elle ne sait plus le nommer. Le rêver non plus. Quand elle se concentre en ces nuits de silence, il lui vient parfois des images de voyages, loin, l’Australie peut-être, une plage brûlante, l’océan, et puis elle se ravise. Stupide vision. Futile fuite en avant piétinée par tous les soiffards en mal d’aventures, revenus aussi bredouilles qu’ils étaient partis. Juste quelques rides en plus. L’oubli vrai, pas celui, passager, qui dure le temps que dure le divertissement, ne s’achète pas comme on achète un billet d’avion. Celui qui la laissera en paix avec son passé est bien plus difficile à apprivoiser.

Elle allume une bougie avec une allumette, et une cigarette avec la bougie. Ce qu’elle aimerait oublier, elle, c’est la débâcle dans laquelle cette relation l’a emportée. L’entraînement joyeux puis morbide des allers et des retours, des sauts périlleux, des suspensions et des chutes brutales d’une ronde dansante dont on ne s’échappe pas. Emportée par les corps et les mains qui vous tiennent, vous poussent, vous heurtent, laissant comme seul espoir que la musique cesse et suspende dans l’air les bras trop pressants comme elle suspend ses notes.

Mais la musique de la vie ne s’arrête jamais seule. Et parce que partir un temps ne change rien, il faut fermer la porte et partir pour de bon, sortir de la danse comme le tournesol, la nuit, cesse enfin de tourner.


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